Harraga" de Merzak Allouache:Les brûleurs de vie

harraga Harraga" de Merzak Allouache, c'est d'abord un prix des droits de l'homme reçu au festival de Dubaï. C'est un plaidoyer pour tous ces malheureux qui n'ont plus rien à perdre, même plus leur propre vie pour exister.

Harraga signifie en algérien "ceux qui brûlent". Prendre le risque de se perdre en mer. En réalité ce mot décrit le clandestin qui prend la mer depuis l'Afrique du nord, la Mauritanie, le Sénégal avec des embarcations de fortune pour rejoindre les côtes andalouses, Gibraltar, l'Italie...ou encore Malte.

 

 

Ces candidats à l’exil continuent de faire la fortune des passeurs. Dans des conditions insupportables, la plupart meurent noyés, ou sont interpellés par les gardes-côtes avant même que le voyage à l'exil ait commencé. Je n'ose imaginer leur sort au retour au pays.
Certains, ayant réussi à traverser la Méditerranée, détruisent leurs documents d’identité.
L’Algérie, faut-il le rappeler, traverse, depuis plusieurs années, une grave crise économique et sociale. La pauvreté jusqu'à la misère totale, le chômage touchant une majorité de jeunes, se sont installés dans les foyers et les inégalités sociales sont flagrantes. Tous les ingrédients pour voir l’émergence de la violence sociale. Pourtant, le pays n’est plus endetté, et les réserves financières sont plus que confortables. Suicide, toxicomanie, émeutes et émigration clandestine sont des passages à l’acte chez les jeunes qui témoignent d'un effroyable désespoir, "de la dégoutance" (comme s'expriment les algériens) d'homme et de femme qui ont perdu toute prise sur leur existence et qui n’ont, de toute évidence, pas d’autre solution pour s’extraire de cette détresse. Ce passage à l’acte extrême est associé au désespoir. La vie dans la cité de misère : les bandes de copains qui traînent dans la cité, dans la campagne environnante ou au bord de la mer, quelques petits boulots ou trafics de ci de là, le port, la pêche, mais rien d’assez solide pour « devenir un homme à part entière, c’est-à-dire fonder une famille et subvenir dignement à ses besoins ». Alors ils envisagent l'exil, l'espoir d'une autre vie de l'autre côté de la méditerranée. Des barques rafistolées, des moteurs hors-bord de récupération et des jerricans d'essence pour assurer les 12 heures théoriques de traversée pour atteindre les côtes espagnoles. De la nourriture, de l’eau et des vêtements neufs qu'ils planquent sous leurs vêtements. Et puis attendre enfin la date du départ arrêtée parce qu’une météo est annoncée favorable de ce côté-ci de la Méditerranée. La suite : mourir ou survivre à la grâce de Dieu. Inchalla. Et c'est sans compter sur le mauvais coup du destin, "ce mektoub" : la mer démontée, le bateau à la dérive, le matériel vendu qui tombe en panne...et les harraga venant du désert algérien qui n'ont jamais appris à nager. Arriver ou mourir !
Comme disent eux-mêmes les algériens "Yakoulni El hout ou mayakoulnich eddoud » (littéralement : je préfère me faire bouffer par les poissons que par les vers, autrement dit mourir en mer que pourrir ici).
"Tout cerveau qui s’exile est un assassinat" dit l'écrivain Yasmina Khadra. "L’Algérie est un paradis; un paradis dont les rêves sont ailleurs ; ce qui pousse des milliers d’adolescents à sauter dans des embarcations de fortune pour aller à leur recherche parmi les naufrages mortels et les insolations irréversibles. Aucune nation ne peut avancer sans mythes et aucune jeunesse ne peut forcir sans idoles".
Il faut avoir été au pays pour mesurer la réalité de la vie au quotidien et de cette jeunesse désespérée.

http://www.pointscommuns.com/merzak-allouache-commentaire-cinema-86707.html

Commentaires (2)

1. Michel 08/04/2010

Excellent film que auquel j'ai pu assister suivi d'un débat.
On y retrouve une partie du discours que j'ai entendu en 2008 lorsque je suis allé en Algérie de la part des enfants de mes amis.

2. 07/04/2010

tu sais quoi tonton j'ai travaillé sur ce film durant mon stage au laboratoire cinématographique et jai eu loccasion de le voir en moi de juillet.Il est bien

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