Nouvelles dispositions économiques en matière d’investissement en Algérie. Face à la cacophonie, huit questions au gouvernement

I-ÉVITER LA CACOPHONIE PRÉJUDICIABLE A L’IMAGE DE L’ ALGÉRIE

IL semble bien et cela est l’avis de l’unanimité des experts nationaux et internationaux et des institutions internationales qu’il y a manque de visibilité et de cohérence dans la politique actuelle du gouvernement. Le premier exemple est que la majorité des membres du gouvernement du début 2008 jusqu’à mai 2009 ont affirmé à la télévision officielle ENTV que l’Algérie n’était pas touché par la crise, les mêmes responsables depuis juillet 2009 disant maintenant le contraire, propos qui contrastaient avec les avertissements du président de la république. Et bien que j’avais attiré l’attention du gouvernement dès le début de la crise des prêts hypothécaires sur l’inévitable impact sur l’économie algérienne au niveau de la presse nationale et internationale ( voir mon interview exclusif à El Khabar août 2007, mes contributions octobre/ décembre 2007 aux quotidiens d’Oran et El Watan et aux agences officielles internationales, africaine Pana et française AFP courant 2008).

Deuxième exemple le plus récent mais également le plus frappant de la cacophonie : circulaire du premier ministre parue dans le journal officiel de la république algérienne démocratique et populaire stipulant la rétroactivité des 30/70% concernant le commerce. Déclaration en même temps du Ministre des Finances à Washington devant les étrangers disant qu’il y avait incompréhension et qu’elle ne serait pas rétroactive. A son retour à Alger devant les députés, revirement et affirmant que sa déclaration à Washington a été déformée que ces dispositions sont rétroactives – Puis loi des Finances complémentaire abrogeant la circulaire du premier ministre, un haut fonctionnaire du Ministère des Finances confirmant devant la presse la non rétroactivité contraire au droit international Mais rebondissement, début d’août 2009 ( précisément note du 04 août 2009) note du gouverneur de la banque d’Algérie ordonnant aux banques la rétroactivité – Et enfin déclaration officielle du Ministre des finances répercutée par l’APS et la télévision algérienne disant que les dispositions 30/70% ne sont pas rétroactives.

Il en est de même du crédit documentaire, certes applicable dans tous les pays mais qui ont des banques dignes de ce nom, entre les déclarations de plusieurs Ministres disant qu’il serait appliqué à la lettre et puis déclarations récentes de certains dirigeants de banques qu’elle serait assouplie. Idem pour la suppression des crédits à la consommation ou certains responsables et même une minorité d’experts , ( c’est une dérive intellectuelle) voulant montrer que c’est la cause de la hausse des importations, alors que tout le montant global (100 milliards de dinars en 2008) représente moins de 3% du total des importations et que selon les données officielles de l’ABEF avec seulement3% d’insolvables et que ce sont les crédits hypothécaires qui ont été une des causes de la crise mondiale et non els crédits à al consommation.

Voilà pour ce cas, que fin août 2009, le Ministre de la PMI /PME affirme qu’ils seront réintroduits pour la production nationale mais en ne précisant pas quelle est la part de la production nationale par rapport aux biens importés, la majorité étant un assemblage de produits importés tant au niveau du secteur alimentaires que des biens durables et de surcroît avec une tendance monopolistique (alors que le fondement de l’économie de marché repose sur la concurrence ) source de surcoûts supportés par le consommateur algérien. Une véritable cacophonie qui a porté un large préjudice à l’Algérie tant au niveau interne qu’international qui a fait dire à certains qu’il n’ y a plus de pilote à bord sur le plan économique et il ne faut pas s’en réjouir.

L’explication fondamentale et donc les difficultés de régulation d’ensemble s’expliquent fondamentalement que depuis 1986, l’Algérie n’est ni dans une économie de marché véritable, ni dans une économie administrée. Cela explique les tâtonnements et les effets pervers de certaines décisions élaborées par nos bureaucrates dans des bureaux climatisés loin des réalités locales et internationales, car l’économie administrée et l’économie de marché concurrentielle dans le cadre de l’interdépendance mondiale , ont chacune leurs propres règles de fonctionnement. Cela explique également que les dépenses monétaires 2004/2009 de plus de 200 milliards de dollars ( non dues au génie humain mais aux hydrocarbures) n’ont pas été proportionnelles aux impacts économiques et sociaux reflété par ce slogan l’Algérie un Etat riche mais une population de plus en pauvre , avec un gaspillage croissant des ressources financières et une concentration excessive des revenus au profit des tenants de la rente , alors que pour le Ministre de la solidarité il n’y a pas de pauvres en Algérie mais seulement des nécessiteux ( qu’il me démontre la différence ?). Comme il y a lieu de dire la vérité, rien que la vérité, évitant la manipulation de chiffres en donnant l’illusion que la croissance hors hydrocarbures est de 5/6% alors que sur ces 5/6% plus de 80% sont irrigués par la dépense publique via les hydrocarbures et que les entreprises créatrices de richesses participent pour moins de 20% dans le produit intérieur brut (PIB). Aussi il y a urgence pour les intérêts supérieurs du pays (et que l’on évite d’utiliser le nationalisme pou le patriotisme à des fins d’intérêts rentiers) de savoir d’abord ce que l’on veut et ensuite ou on va, impliquant que les membres du gouvernement (gouverner c’est prévoir, avec de lourdes responsabilités envers les citoyens ) répondent à quelques questions :

II- HUIT QUESTIONS AU GOUVERNEMENT

Première question : bien que plusieurs membres du gouvernement aient déclarés officiellement en été 2007 et courant 2008, au lendemain de l’éclatement de la crise, «nous n’avons rien à craindre, la crise ne touche pas l’Algérie » avant de se rétracter récemment donc comment abordez-vous la crise financière d’une ampleur planétaire qui secoue actuellement tous les pays sans exception, montrant ainsi la profondeur de la crise mondiale comme le démontrent les inquiétudes des dirigeants des plus grands pays du monde. Ignorer la crise, par une communication officielle maladroite et souvent contradictoire, ne démobilise-t-elle pas la population parabolée, constatant le malaise économique et social à travers le monde ? Le retour à l’étatisme des années 1970 (qu’il ne faut pas confondre avec le rôle stratégique de l’Etat régulateur) avec le tout Etat et le blocage des réformes vers l’économie de marché qui en réalité ne sont pas encore réalisées, avec le repli sur soi et donc du retrait de l’adaptation aux mutations mondiales (évitons d’imputer l’erreur à ce qui n’existe pas car la dominance est le monopole rentier) est –il la solution miracle ?

Deuxième question : comment peut-on financer un programme de développement face à la chute des cours des hydrocarbures, sachant que 98% des recettes en devises de l’Algérie proviennent essentiellement des hydrocarbures, le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole,( assistant d’ailleurs depuis juillet 2009 à une chute importante du prix de cession du gaz alors qu’il représente, en moyenne, 1/3 des recettes de l’Algérie ) , cette décroissance de l’économie mondiale n’a-t-elle pas des répercussions sur la demande et donc des recettes du pays ? Ne faut-il pas éviter l’erreur de raisonner à prix courants, car un cours du baril à 70 dollars en août 2009, pondéré par la chute du dollar et l’inflation mondiale équivaut à environ 35 dollars au prix de 2000, surtout avec les perspectives du retour à l’inflation mondiale ( les pertes étant actuellement socialisées ) , le dollar, représentant plus de 60% des transactions mondiales, nos importations se faisant pour 60% en euros, et de l’inflation interne pouvant entraîner un cercle vicieux quant à la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement de l’investissement à valeur ajoutée dont le retour d’investissement est à moyen terme ?

Troisième question : avez-vous mesuré, l’impact du rendement de nos réserves de change estimées à environ 144 milliards de dollars, dont la partie placée à l’étranger,( 135 milliards de dollars selon la déclaration officielle du Ministre des Finances devant les députés de l’APN fin 2008 ) avec l’actuelle politique des banques centrales d’un taux d’intérêt zéro et négatif avec l’inflation ?

Devant cette situation mondiale, et au vu des dépenses publiques programmées à 150 milliards de dollars ( 2009/2013) et au rythme des dépenses 2008, dont les importations de biens ont connu une envolée (40 milliards de dollars) et tenant compte des transferts de dividende, plus les services ( environ 10/11 milliards de dollars en 2008 ) y compris les associés de Sonatrach bien qu’ en diminution, de nouveaux besoins d’investissement nécessaires des plans de financement de Sonatrach (63 milliards de dollars selon les chiffres officiels du plan de financement de Sonatrach ), et 15 milliards de dollars de Sonelgaz, entre 2009/2013 dont le bas prix du tarif interne aggrave son solde d’exploitation alors que els subventions devraient être budgétarisées au niveau de l’Etat, soit entre 15/ 20 milliards de dollars/an, l’investissement après les dernières mesures gouvernementales se faisant à presque 100% sur fonds publics, comment résoudrez-vous le problème du financement en ayant une vision de développement et non une vision purement commerciale et monétaire ( restriction des importations et arrêtez la sortie des capitaux ?) dans un univers mondialisé en perpétuel bouleversement ?

Quatrième question : comment allez-vous procéder aux réformes nécessaires entre 2009/2014 en conciliant l’efficacité économique pour une production et exportation hors hydrocarbures loin des discours et la nécessaire cohésion sociale (lutte concrète contre la corruption loin des règlements de comptes inutiles) et surtout la mise en œuvre d’une politique salariale cohérente privilégiant les emplois créateur de valeur et non les empois rentes ?

Cinquième question : et où en est la concrétisation de l’Accord de zone de libre-échange avec l’Europe applicable depuis le 1er septembre 2005, où en sont les négociations avec l’OMC et quelle est la place de l’Algérie en termes d’avantages comparatifs socioéconomiques au sein notamment au sein de l’espace euro- méditerranéen et arabo- africain étant son espace naturel ?

Sixième question : que proposez-vous, par rapport à l’élément stratégique fondamental qui conditionne tout le reste à savoir la refonte de l’Etat (la bonne gouvernance),l’efficacité de la dépense publique et ou en est l’application du suivi budgétaire par l’APN, la lutte contre la bureaucratie et la corruption, l’instauration de l’Etat de droit et la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, l’intégration de la sphère informelle drainant plus de 40% de la masse monétaire en circulation étant la résultante, le système financier sclérosé (guichets administratifs), le foncier. Et surtout à l’inadaptation du système socio-éducatif, la réforme de l’école, mère de toutes les réformes, et donc la place du savoir dans la société ? Dans ce cas les 200.000 entreprises promises entre 2009/2014 sont –elles réalisables, si ces contraintes ne sont pas levées, car en ce XXIème siècle, l’on ne créée ni des entreprises, ni des emplois, ni on améliore le pouvoir d’achat des citoyens et donc une lutte efficace contre l’inflation, par des commissions, des lois, décrets ou par le volontarisme étatique, les lois économiques étant insensibles aux slogans ?

Septième question : l’essentiel n’est-il pas d’abord d’avoir, une vision stratégique de l’avenir du pays, les tactiques se moulant au sein de cette stratégie, tenant compte des grands bouleversements du monde, le temps étant le principal défi des dirigeants du XXIème siècle, toute Nation qui n’avance pas recule. Donc existe-t-il une réelle volonté politique de terminer cette interminable transition mise en relief précédemment ou alors les rapports de forces contradictoires se neutralisent (pas de consensus au niveau du pouvoir sur la trajectoire à suivre) expliquant ce statut quo suicidaire pour le pays ?

Huitième question : le blocage n’est-il pas systémique avec la prédominance du comportement rentier et le dépassement nécessaire de toute société anomique comme l’a montré brillamment le grand sociologue Ibn Khaldoun sur le cycle de décadence des sociétés, et cela n’implique t-il pas une gouvernance rénovée?

Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d’Université en management stratégique Économiste- Algérie -pour algerie-focus.com

http://www.algerie-focus.com/2009/08/30/nouvelles-dispositions-economiques-en-matiere-d%e2%80%99investissement-en-algerie-face-a-la-cacophonie-huit-questions-au-gouvernement/

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